Tourisme relax

Voyager, pour moi, c’est sans doute davantage choisir un endroit et m’y installer. Je sais alors que les choses vont venir à moi. Je deviens comme une sorte d’habitué, quelqu’un de reconnu par le mendiant ou la blanchisseuse du coin. Courir à droite et à gauche ne me convient pas ; je n’y verrais que des monuments et ce que tout le monde est en charge de voir, et je n’y vois pas ce qui à mes yeux constitue l’essentiel, la vie des gens, en me permettant de découvrir les lieux avec le plus respect possible.

Je ne visite pas tant les monuments. Enfin, je le fais aussi, ce serait dommage, mais je ne néglige que la routine ; je suis monté en haut du mont Phousi (Luang Prabang), j’ai visité quelques « vats », mais je leur préfère les visages, les voix, les regards, les éclats de rire, les gestes. Alors je me promène. Je me risque dans les guinguettes locales, je souris aux tenanciers, je gesticule quelques mots, je m’assieds, et le charme débarque, dans la sollicitude souriante et le désir d’autrui de faire mon bonheur avec ce qui est à disposition.

Rester plusieurs jours au même endroit me permet ainsi de prendre mes habitudes, je m’enfonce dans le pays comme un chirurgien entre dans un corps, un jardinier dans un terreau, ou un potier dans sa glaise.

Alors je sors. Je loue une moto et je pars. En prenant bien soin de prendre une carte et mon GPS (vive la 3G !), je tombe dans des endroits improbables, où je suis le seul européen au milieu de meutes de chinois (mais comment sont-ils là ?) et de thaïlandais. Je vois les gens, fiers de me montrer leurs trésors de stupas ou de chédis, qu’ils vénèrent et qui souvent n’ont pas un siècle, quand ils ne viennent pas de Chine. Celle-ci est tout désolée de ne me proposer qu’un Pepsi quand je demande un coca. Celui-là m’offre un expresso parce que je lui ai laissé un pourboire. Ou me court après pour me laisser un prospectus de la région. Ou pour me remplir la bouteille d’eau que j’ai vidée… C’est ça que j’adore : m’arrêter où je le sens, là où une photo est à prendre, anodine, inutile, volage, comme une idée qui s’envole.

Je provoque la mise en déséquilibre, je m’attache à des pertes de repère, et devant celles-ci, j’hésite sur ma place, sur l’idée que j’ai d’être là. Je voulais être dehors, changer les habitudes, et mon grand dehors est devenu un bocal.

Et si, voulant gagner le grand dehors, et en voulant créer l’absence et le silence, je ne trouvais que le fugace et l’inutile, je m’enfuirais de mon dedans, et je continuerais à marcher dans ma tête ?

La solidité ne se situe pas dans les paradoxes… pas dans la symétrie … ?

 

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3 réflexions sur “Tourisme relax

  1. quelle excellente définition du voyage, comme je l’aime!
    entrer dans la vie des gens de l’intérieur, c’est ça le dépayement.
    et de cette façon, on est toujours bien reçu et accepté.
    Qui n ‘aime pas etre considéré et respecté?
    bien sur, ça prend plus de temps, on en fait pas l’aller retour dans la journée.
    jer ne m’en plains pas, au contraire
    à plus?

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    1. Bonsoir mon cher Jean,
      Je te remercie pour tes commentaires sur un blog qui parce qu’il est une 1ère expérience pour moi, est assez désarçonnant : c’est comme un dialogue à sens unique, sauf les quelques commentaires dont les tiens, qui me rassurent que je n’écris pas dans le vide.… Pourtant, paradoxe, j’écris pour moi, comme d’habitude, mais le fait de mettre mes écrits à disposition est très intimidant !
      Pour ce qui est de « parler photos », je crains que tu ne sois assez déçu ; ce genre de « réflexe de photographe » me rend aussi un peu perplexe ; dans ce sens que j’ai l’impression de faire de l’intrusion, de mettre un obstacle entre le photographié et moi ; j’hésite beaucoup à faire l’accapareur de souvenirs au détriment des personnes, que j’ai l’impression alors de prendre pour des objets souvenirs…
      Et puis, une photo est un souvenir pour moi, comme un vibration d’un moment passé : parce que j’y étais, mais pour un spectateur, qu’est-ce, sinon de l’esthétisme ? Je doute, tu me diras. Mais te voilà prévenu, il n’y a pas des milliers de photos !
      A bientôt donc, avec grand plaisir. Je me réjouis de mes retrouvailles avec « ma vie d’avant »…
      Bernard

      .°.

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  2. Mon cher Bernard,

    Quel plaisir chaque fois renouvelé de lire tes chroniques ! Et dans la dernière, que j¹aime ta façon de voyager Š Qui n¹est pas toujours aisée à mettre en pratique. Il manque toujours quelques jours quelque part. Il manque toujours du temps, la seule chose qu¹on ne peut acheter. La chose qu¹il faut, comme tu le fais, décider de prendre. Prendre le temps Š

    J¹aimerais, à ton retour, voir tes photos, tes photos du temps figé, tes photos qui ne sont pas des temples Š On en reparle à ton retour.

    Très fraternellement.

    Jean

    Aimé par 1 personne

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